Les cryptomonnaies sont rarement utilisées pour blanchir de l’argent
L’image négative des cryptomonnaies auprès du grand public ferait bien d'être révisée. Les devises numériques trainent derrière elle un halot d’opacité qui certe n'est pas sans fondement. Dans l’imaginaire collectif, elles sont liées à des activités criminelles. Si le phénomène existe et ne peut être ignoré, pour autant, la réalité offre un tout autre tableau dans lequel les cryptomonnaies n’auraient qu’un rôle marginal.
Selon un récent rapport intitulé « Follow the Money » de la société interbancaire SWIFT, le rôle des cryptomonnaies dans le blanchiment d'argent provenant de cyber-attaques visant des groupes bancaires est largement surestimé et sans fondement. La monnaie fiduciaire reste en effet la méthode la plus utilisée pour réaliser des activités illicites.
Le blanchiment d’argent : 2 à 5% du PIB mondial
Le blanchiment d’argent est un sujet de préoccupation à l’échelle mondiale. Récemment, l’ONU a estimé que la totalité de l'argent blanchi dans le monde en un an représentait 2 à 5% du PIB mondial, soit 800 à 2 000 milliards de dollars. Bien que la marge entre ces chiffres soit énorme, même l'estimation la plus basse souligne la gravité du problème auquel les gouvernements doivent faire face.
Mais les cryptomonnaies n’y auraient qu’un rôle marginal.
Blanchiment : l’utilisation des cryptomonnaies est minime et peu fréquente
« Les cas identifiés de blanchiment par le biais de cryptomonnaies restent relativement faibles par rapport aux volumes d'argent blanchis par des méthodes traditionnelles », a noté la société SWIFT à l’origine du rapport. La société est utilisée par toutes les banques du monde pour effectuer quotidiennement des milliards de dollars de transferts. SWIFT a déclaré que les méthodes traditionnelles telles que l'utilisation de mules, le hawala (système parallèle opaque de transfert d’argent via des intermédiaires), les sociétés écrans, les techniques fiscales et les crimes comme le trafic de drogue restent privilégiées par les hackers pour blanchir de l’argent.
En revanche, l'utilisation des cryptomonnaies est minime, l'utilisation cybercriminelle de la monnaie numérique est «peu fréquente». Dans la majorité des cas, les monnaies fiduciaires (Fiat) demeurent le principal vecteur du blanchiment.
Des préoccupations demeurent
Pour autant, le rapport « Follow the Money » admet que le phénomène existe et il en en détaille précisément les process. SWIFT évoque ainsi l’exemple du groupe Lazarus, dirigé par des hackers nord-coréens, très connu pour voler de l'argent, le convertir en cryptomonnaies avant de le rapatrier dans leur pays. Ce groupe de hackers, dont les médias ont régulièrement décrit les activités criminelles continue d'utiliser les cryptomonnaies plutôt que la monnaie fiat.
Le rapport site d’autres exemples, comme ce groupe de hackers d’origine européenne cette fois, qui a utilisé des fonds bancaires dérobés pour acheter et charger des cartes de débit prépayées en cryptomonnaie. Ce type de carte créditées en cryptomonnaie peut être convertit en fiat lors d'une transaction. Mais en dépit de ces cas, toujours très médiatisés, le blanchiment d’argent concerne en réalité bien plus souvent les monnaies fiduciaires (Fiat) que les cryptos.
L’utilisation des cryptomonnaies à des fins criminelles pourrait croître
SWIFT a toutefois souligné dans son rapport que l'utilisation des cryptomonnaies pour le blanchiment de fonds bancaires volés augmentera à l'avenir. « Les facteurs favorables incluent le nombre croissant d'altcoins qui ont récemment été lancés et qui assure un anonymat total des transactions », précise le rapport. Il existe des outils en ligne qui permettent de mixer les transactions de cryptomonnaie avec des transactions légitimes pour couvrir les pistes. Cela représente également une menace à venir. De même, la montée en puissance des cryptomonnaies axées sur la confidentialité comme Monero, qui masque les adresses de transactions et sont donc difficiles à suivre, reste un souci. Les menaces énumérées dans le rapport Swift constituent certes un danger contre lequel les gouvernements doivent se préparer. D’autant que le désir de perturber et de déstabiliser le système financier, par opposition à l’activité criminelle en elle-même, ne doit pas être négligé
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