Paiements transfrontaliers: le choc régulateurs /cryptos
Faciliter les paiements transfrontaliers est devenu le cheval de bataille des régulateurs mondiaux. Hier, le conseil de stabilité monétaire regroupant 26 autorités monétaires (banques centrales et ministères des finances) a salué le rapport de la commission des paiements et des infrastructures de marché (CPMI) qui a définit une véritable feuille de route pour améliorer les paiements transfrontaliers.
Ce sujet est devenu hautement sensible pour toutes les banques centrales qui peinent à se positionner face aux cryptomonnaies, en premier lieu celle que veut mettre en place Facebook avec le Libra.
L'enjeu est de taille. Le rapport de la commission des paiements et des infrastructures de marché a en effet indiqué que les paiements transfrontaliers devraient passer de 20 000 milliards de dollars en 2019 à 30 000 milliards en 2030.
Des paiements transfrontaliers trop chers et trop lent
« le coût et les procédures des paiements transfrontaliers découragent les entreprises, en particulier les petites entreprises, de pénétrer le marché mondial », a déclaré le président du CPMI, Jon Cunliffe. Un paiement transfrontalier peut prendre 10 jours pour être effectué et coûter jusqu'à 10 fois plus cher qu'un paiement domestique.
« Il n'est pas surprenant que les gens se tournent vers des alternatives qui peuvent sembler attrayantes mais potentiellement moins sûres », a ajouté Jon Cunliffe, qui est également vice-gouverneur de la Banque d'Angleterre.
Les efforts pour créer une infrastructure de paiement alternative, en utilisant des cryptomonnaie ou d'autres modèles de paiement basés sur la blockchain, ont mis en évidence les perspectives d'amélioration du système existant, a noté le CPMI.
Paiements transfrontaliers: que comprend la feuille de route ?
Ce dernier a défini 19 « éléments constitutifs » dont la mise en place prendra au moins 5 ans afin d’arriver à des paiements transfrontaliers moins chers et plus rapides. La rationalisation des contrôles anti-blanchiment, l'allongement des heures d'ouverture des banques centrales et l'interconnexion des systèmes nationaux permettraient de réduire les coûts des paiements transfrontaliers, ont déclaré lundi les régulateurs mondiaux.
L'ouverture plus longue des infrastructures de paiement des banques centrales permettrait d'accélérer les paiements, indique le rapport du CPMI, ajoutant qu'un service transfrontalier centralisé de données de « connaissance du client » (KYC) nécessaires aux contrôles anti-blanchiment d'argent permettrait également de rationaliser les paiements.
La mise en place des différentes étapes de ce plan devraient être mises confiée à des autorités monétaires des pays du G20. Lesquelles ? Cela devrait être déterminé plus tard cette année.
« Dans certaines juridictions, la résistance politique pourrait être considérable dans la mesure où elle impliquerait de céder l'autorité à des normalisateurs multinationaux sur les accords KYC et d'autoriser l'accès transfrontalier aux informations personnelles des citoyens ». Autant dire que de nombreux éceuils subsistent.
Une pierre dans le jardin des cryptomonnaies
C’est donc à un véritable défi que doit faire face les banquiers centraux qui ont bien intégré la menace que pouvait représenter pour eux les cryptomonnaies privées, qui ont pour avantage de réduire considérablement les temps de transfert d'argent pour un coût moindre.
Des cryptomonnaies qui font des paiements transfrontaliers leur point fort pourraient donc bien considérer cette démarche comme une offensive de taille des banques centrales.
Elles peuvent cependant encore compter sur le temps car des obstacles subsistent. L'obtention d'un consensus sur le sujet, et l'application de nouvelles règles par les banquiers centraux sont autant d'obstacles qui ralentiront le processus.
On peut cependant considérer que c’est une pierre directement jetée dans le jardin de la crypomonnaie de Facebook, le Libra, qui rencontre encore de nombreuse difficultés dans sa mise en œuvre.
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