Libra place à sa tête l’ancien sous-secrétaire américain Stuart Levey
Libra vient de nommer son premier PDG. Il s’agit de Stuart Levey qui a officié sous deux présidences américaines, celle George W. Bush puis celle de Barack Obama en tant que sous-secrétaire au contre-terrorisme et au renseignement économique. Stuart Levey a notamment été au cœur des négociations entre l’Iran et les Etats-Unis sur le nucléaire. Il a également été pendant 8 ans directeur juridique de la banque HSBC. Une double compétence qui lui sera bien utile pour gérer Libra.
Libra entend rassurer les régulateurs
Au regard de l’expérience de Stuart Levey, cette nomination constitue un choix stratégique. Cet expert en négociation devra en effet convaincre les régulateurs, très réticents, que le projet de monnaie numérique lancé par Facebook est fiable. Voir un expert de la lutte contre le blanchiment des entreprises terroristes à la tête de Libra devrait rassurer les gouvernements très inquiets à l’idée que la devise virtuelle soit utilisée à des fins de blanchiment et de financement d’activités illégales. « Lorsque je débuterai au sein de l'association Libra, je vais revoir en détail les plans actuellement en place pour évaluer leur conformité avec le droit », a expliqué Stuart Levey dans une interview au « Financial Times » , évoquant les réserves émises sur la cryptomonnaie et les problématiques liées aux données personnelles des utilisateurs.
Un rejet unanime des autorités politiques et monétaires
Lancé par Facebook en juin 2019, le projet Libra peine à susciter l’adhésion dont il a besoin pour se concrétiser. Les régulateurs et les banques centrales ont à plusieurs reprise exprimé leurs inquiétudes. Et leur rejet. La perspective d’un nouveau moyen d’échange facilitant les paiements transfrontaliers, pouvant s’appuyer sur les 2.5 milliards d’utilisateurs de Facebook a suscité l’aversion dans pratiquement tous les pays, à l’exception de la Suisse où est situé le siège de l’association Libra. MasterCard et Paypal, acteurs majeurs du paiement électronique qui devaient collaborer au projet, se sont tous deux retirés. Les efforts de Mark Zuckerberg lors d’une audience au Congrès n’auront pas permis de faire accepter l’idée de cette monnaie numérique.
Un projet qui bat de l’aile
Présenté il y a un peu plus d’un an comme une véritable révolution, le projet Libra prend l’eau de toute part. Il y a quelques semaines, l’association Libra a annoncé un changement de cap majeur en abandonnant sa vision de créer une cryptomonnaie stable internationale soutenue par un panier de monnaies fiduciaires. Pour ses créateurs, Libra était censée compléter les monnaies fiduciaires et non pas entrer en concurrence avec elle ou interférer avec la souveraineté monétaire des pays. Mais l’idée d’une monnaie globale s’est heurtée aux craintes de la quasi-totalité des autorités politiques et monétaires mondiales. L’association s’est donc vue contrainte de réduire ses ambitions en passant d’un projet de monnaie globale à un ensemble de plusieurs Libras, des Libracoins, adossé à la monnaie nationale de chaque région, solution plus facile à gérer et à faire accepter. L’objectif de l’association Libra est à présent de passer à l’étape supérieure et de lancer le processus de demande de licence auprès des régulateurs. Elle vient d’ailleurs de faire une demande auprès de l’Autorité de surveillance des marchés financiers suisses, où elle est basée. Le choix de Stuart Levey pourrait apporter à Libra le vernis qui lui permettra de passer à l’étape supérieur et obtenir les licences dont elle a besoin, notamment aux Etats-Unis. Cet as de la négociation, de par son expérience et de sa connaissance à la fois des arcanes politiques, mais aussi du secteur bancaire, conserve de nombreux atouts pour relancer la machine Libra.
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